Analyses

Mercosur : quelles conséquences sur la loi européenne contre la déforestation ?

La signature de l’accord vient modifier le rapport de force sur ce texte clé.
Publié le Rédigé par Canopée

À Strasbourg, devant le Parlement européen, des cris de joie ont retenti parmi les agriculteurs et les ONG présents ce 21 janvier 2026. La raison : les députés européens ont voté en faveur de la saisine de la Cour de justice de l’Union européenne afin de vérifier la conformité des textes de l’accord avec les traités européens. Concrètement, cela signifie que l’accord pourrait être reporté de 18 mois à deux ans.


Avec ce vote, les députés européens ont montré qu’ils se souciaient des agriculteurs européens – et aussi, du moins certains d’entre eux, de la déforestation.

Depuis deux ans, la société civile tire la sonnette d’alarme sur l’impact que cet accord aurait sur les forêts du Brésil, du Paraguay, de l’Uruguay et de l’Argentine. En augmentant les importations européennes de viande bovine en provenance des pays du Mercosur, où la déforestation est endémique, il menace au moins 700 000 hectares (et ce chiffre est probablement sous-estimé).

Cette crainte s’est accrue depuis qu’un « mécanisme de rééquilibrage » a été ajouté à la dernière version du texte. En effet, le risque d’un différend commercial avec le Mercosur plane désormais si l’Union européenne venait à mettre en place des mesures environnementales supplémentaires, qui pourraient s’appliquer au règlement européen sur la déforestation (RDUE). Si tel est le cas et que le cuir, le soja, le bois, le bœuf et le café provenant de ces pays sont autorisés à entrer sur le marché de l’UE sans garantie qu’ils ne causeront pas de déforestation après la date butoir fixée par l’EUDR, l’impact de l’accord doublerait en 10 ans.

Il est donc essentiel de bloquer l’accord UE-Mercosur afin de protéger les forêts brésiliennes, paraguayennes, argentines et uruguayennes. Si ce vote constitue une première grande victoire, l’accord n’est pas pour autant mort. Des pressions s’exercent déjà en faveur d’une application provisoire de l’accord, ce qui constituerait un énorme scandale démocratique.

Dans ce scénario, le RDUE est la dernière ligne de défense contre les produits liés à la déforestation provenant des pays du Mercosur.

Plus que jamais, il est essentiel que la Commission européenne et les États membres se mobilisent pour éviter une nouvelle réouverture et un nouveau report de cette réglementation clé.

Le nouveau contexte pourrait complètement modifier l’équilibre des pouvoirs, car les agriculteurs européens pourraient se joindre à la lutte pour le règlement sur la déforestation afin d’éviter une concurrence déloyale avec les produits nationaux.


L’année dernière, la Commission européenne a tenté de maintenir la date d’application du règlement contre la déforestation au 30 décembre 2025. Mais en proposant, en octobre, de nouveaux amendements afin d’en réduire les obligations, elle a ouvert la boîte de Pandore et permis un affaiblissement de la loi par le Conseil et le Parlement.

La Commission européenne, si favorable à l’accord avec le Mercosur, pourrait-elle redoubler d’efforts pour défendre le RDUE cette année, afin d’apaiser l’opposition à cet accord ?

Dans un contexte où l’alliance entre la droite européenne et l’extrême droite a déjà conduit à deux reports et à une réouverture du texte, comment se positionneront-ils dans ce nouveau contexte ?

Cela pourrait-il également redistribuer les cartes au sein du Conseil, où l’Allemagne pourrait renoncer à ses objections au RDUE afin d’obtenir une ratification du Mercosur, et où la France pourrait renforcer son soutien afin de satisfaire – et apaiser – ses agriculteurs ?

Les colégislateurs de l’UE doivent tenir compte de cette nouvelle mobilisation alors que l’examen de la simplification est en cours ; un rapport de la Commission européenne est attendu en avril.

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