Points de vue

Réaction de Canopée à la remise d’un rapport sur le renouvellement de la forêt française

Transformation de forêts en plantations peu diversifiées après coupe rase, ignorance de la biodiversité : le rapport qui fait réagir Canopée.

Publié le Rédigé par Canopée

Le 26 juillet, un rapport avec des propositions stratégiques pour renouveler la forêt française a été remis au Ministre de l’Agriculture et de la Souveraineté Alimentaire (MASA). Décryptage de Canopée.


Pour répondre à l’objectif fixé par le Président de la République de planter un milliard d’arbres d’ici à 2030, le MASA a confié à un comité spécialisé du Conseil Supérieur de la Forêt et du Bois l’élaboration de ce rapport. Ce cadre confidentiel n’a pas permis une large participation des acteurs associatifs et de la communauté scientifique, ce qui s’en ressent dans ses conclusions.


Ainsi, ce rapport promeut la transformation de forêts françaises en plantations peu diversifiées après coupe rase des peuplements existants et améliorables ce qui est contraire aux déclarations récentes du Ministre de la transition écologique, Christophe Béchu.


Jusqu’au bout des négociations sur ce texte, le MASA s’est opposé à l’intégration de critères sur la biodiversité permettant de garantir l’absence de dégradation d’habitats ou d’espèces protégées.


Les conclusions de l’expertise scientifique sur les coupes rases, pourtant commandées par les deux ministères et rendues publiques le 22 novembre 2022, ont été ignorées notamment à propos des impacts sur le climat de cette pratique controversée.


Les coupes rases entraînent des émissions importantes et immédiates de gaz à effet de serre, en particulier lorsque le sol est travaillé. Ces émissions ne peuvent pas être annulées, à court et moyen terme, par la plantation de nouveaux arbres. Cette stratégie risque donc d’accentuer davantage la chute du puits de carbone forestier.


De plus, les coupes rases entraînent une destruction de l’ambiance forestière ce qui expose les jeunes plants au plein soleil avec un risque fort de mortalité. 


Enfin, les arbres plantés sont majoritairement des résineux avec des critères de diversification insuffisants. Par exemple, planter deux espèces de pins proches à la place d’une forêt diversifiée de feuillus est autorisé. Une stratégie promue par la principale coopérative forestière privée, Alliance Forêt Bois, très influente auprès du MASA.


Sylvain Angerand, coordinateur des campagnes pour Canopée conclut :

Une politique forestière ne se limite pas à un nombre d’arbres plantés. Il est urgent que des arbitrages aient lieu au plus haut sommet de l’Etat pour placer le maintien et la restauration de la biodiversité au cœur de la stratégie forestière. Sans critères plus stricts, le risque est de subventionner massivement une politique de destruction du puits de carbone et de maladaptation des forêts françaises au changement climatique.