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J-10 pour une loi contre la déforestation ambitieuse

Le compte rebours est lancé.  Le 5 décembre prochain se tiendra la dernière réunion de négociation qui fixera le contenu...

Publié le Rédigé par Canopée

Le compte rebours est lancé.  Le 5 décembre prochain se tiendra la dernière réunion de négociation qui fixera le contenu de la loi européenne contre la déforestation.

Débattue depuis plus d’un an, cette loi vise à interdire l’importation et la mise sur le marché européen de produits responsables de la destruction des forêts. Mais dans la dernière ligne droite, les négociations bloquent sur un point crucial: l’inclusion des savanes arborés. Un point sur lequel la France joue un double-jeu. Explications 👇

La France sur le point de trahir son engagement !

MAJ le 27 novembre 2022 – Nous venons d’apprendre que les représentants permanents de la France a Bruxelles s’opposaient à la protection des savanes arborés. Une position en totale contradiction avec les engagements pris précédemment, notamment dans la Stratégie Nationale de lutter contre la Déforestation Importée.

Dans les discours, le gouvernement se positionne en ardent défenseur des forêts. On se souvient du discours d’Emmanuel Macron au G7 de Biarritz en 2019, plus récemment à l’UICN ou pour la Présidence française de l’Union européenne, il affirmait là encore vouloir mettre fin à la déforestation liée au soja.

Depuis plusieurs mois, nous alertons le gouvernement sur son faible engagement à Bruxelles sur ce dossier. Le 9 novembre dernier, nous avons donc interpellé Bérangère Couillard, la Secrétaire d’Etat chargée de l’écologie à travers une lettre signée par 19 ONGs, entreprises et scientifiques. 

Une lettre sans réponse. A quelques jours de cette réunion décisive, nous avons donc décidé d’interpeller de plus en plus vivement le gouvernement en vous proposons d’appeler le standard du Ministère de la Transition écologique et celui de la Première Ministre. Le message eà faire passer (de façon courtoise, bien entendu): « La France doit tenir sa parole et protéger les forêts. Toutes les forêts donc également les grandes savanes arborés d’Amérique du Sud« 

Le soja, première cause de déforestation importée

Le soja est la principale commodité responsable de déforestation liée à nos importations.  La demande croissante de viande et de produits laitiers a engendré une explosion de la production de soja: elle a doublé en 20 ans. Et c’est en Amérique du Sud et en particulier au Brésil que s’est concentré cette expansion. En France, plus de 60% de nos importations proviennent du Brésil. Mais l’extension de cette culture se fait souvent au détriment des précieux écosystèmes du pays. Environ 100 000 hectares de végétation naturelle disparaissent chaque année au Brésil à cause de la culture de soja.

Une culture qui menace la plus grande savane arborée d’Amérique du sud

Depuis 2006, l’Amazonie est protégée de la déforestation pour la culture par un moratoire : seul 2% du soja planté provient de zones déforestées.  Mais cela n’a pas stoppé la déforestation. Elle s’est depuis déplacée dans une région moins connue mais tout aussi précieuse : le Cerrado. Cette immense savane arborée est la plus riche au monde en terme de biodiversité, avec 4800 espèces endémiques. C’est aussi une région cruciale pour les ressources en eau, et un puit de carbone très important grâce aux racines profondes de ses arbres. Recouvrant autrefois plus de 200 millions d’hectares, il a déjà perdu la moitié de sa surface.

Bien que particulièrement menacée, cette région, de par le nombre et la taille de ses arbres, risque de ne pas rentrer dans la définition choisie pour la loi européenne contre la déforestation. La conséquence : non seulement le Cerrado pourrait ne pas être protégé, mais le soja issu de sa destruction pourra continuer à inonder le marché européen. Pire, il sera même considéré « zéro déforestation ».

Bras de fer à Bruxelles pour protéger les savanes arborées

 Définir une loi européenne c’est un exercice difficile de compromis entre ce que veulent les États membres (réunis au sein du Conseil) et les députés européens (réunis au sein du Parlement). Sans surprise, il s’opposent sur de nombreux points, mais c’est la question de protection des savanes qui sera décisive pour juger de l’ambition de la loi. La bonne nouvelle est que les députés européens ont voté pour une protection efficace des savanes arborées comme le Cerrado mais aussi le Gran Chaco en Argentine. Mais la mauvaise nouvelle est que les États membres bloquent cette ambition.