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Observatoire des coupes rases

Canopée a développé l’observatoire des coupes rases : un suivi des coupes rases fondé sur la détection satellitaire.
Publié le Rédigé par Canopée

Canopée a développé l’observatoire des coupes rases : un suivi des coupes rases fondé sur la détection satellitaire.

Malgré la place croissante des coupes rases dans le débat public, leur suivi demeure lacunaire : les données disponibles sont le plus souvent agrégées et n’offrent pas d’information quant à leur répartition territoriale. Pour répondre à ce manque, Canopée a développé l’observatoire des coupes rases : un suivi des coupes rases fondé sur la détection satellitaire.

Cette étude s’inscrit dans la continuité des évaluations existantes des surfaces de coupes rases en France. Elle apporte un éclairage complémentaire en mobilisant une approche par territoire et en croisant les données satellitaires avec différentes couches cartographiques caractérisant les enjeux écologiques. Elle vise à objectiver les dynamiques de transformation des forêts et à éclairer la décision publique via des données comparables et ouvertes.

Surfaces des coupes rases entre mi-2018 et mi-2024 en France hexagonale


Impacts des coupes rases [1]

  • Biodiversité : perte brutale de l’“ambiance forestière” (couvert supprimé) ; destruction d’habitats et de micro-habitats (gros bois, bois mort) ; appauvrissement durable en espèces spécialistes

  • Carbone : déstockage immédiat du carbone de la biomasse aérienne ; possible baisse du carbone des sols (récolte des rémanents, labour, dessouchage)

  • Sols : dégradation de la structure des sols en cas de mécanisation (tassement), baisse d’aération et des transferts d’eau, pertes d’éléments nutritifs

  • Eau : dégradation du rôle de tampon, baisse d’évapotranspiration, perte du microclimat forestier, hausse du ruissellement et de l’érosion (surtout en pente)

L’essentiel à retenir

Après un pic observé entre mi-2018 et mi-2019, la surface de coupes rases en France hexagonale montre une tendance à la baisse. En l’absence de données antérieures, il n’est toutefois pas possible de déterminer s’il s’agit d’une évolution de long terme ou d’un simple retour à un niveau comparable à celui d’avant la crise des scolytes.

Le taux de coupes rases demeure néanmoins élevé au regard des enjeux écologiques et climatiques, et se concentre particulièrement dans certains territoires soumis à une forte pression de coupes rases.

~ 61 000 ha

C’est la surface annuelle de coupes rases que nous avons détectée en moyenne, entre mi-2018 et mi-2024, avec cette méthode basée sur l’utilisation d’images satellites. Un chiffre cohérent avec l’évaluation de l’Institut national de l’information géographique et forestière.

1,7 ha

C’est la surface moyenne des coupes rases entre mi-2018 et mi-2024. Si elles sont modestes prises isolément, leur effet cumulatif à l’échelle d’un territoire peut être considérable. Les coupes rases sont proportionnelle-ment plus fréquentes en forêt privée qu’en forêt publique ce qui révèle les failles de l’encadrement actuel.

~ 60 %

Les régions Nouvelle-Aquitaine, Bourgogne-Franche-Comté et Grand Est concentrent environ 60 % des coupes rases entre mi-2018 et mi-2024.

16,6 %

C’est la proportion de la forêt fran-çaise soumise à une forte pression de coupes rases entre mi-2018 et mi-2024, définie par un taux supérieur à environ deux fois la moyenne natio-nale (2,1 % entre mi-2018 et mi-2024).

~ 11 000 000 tonnes de CO2/an

C’est la quantité moyenne annuelle déstockée par les arbres et les sols du fait des coupes rases entre mi-2018 et mi-2024. Cet ordre de grandeur est compa-rable au déficit du puits de carbone aujourd’hui anticipé par le gouvernement, ce qui montre que la réduction des coupes rases constitue un levier politique majeur – et largement sous-utilisé – pour préserver le puits de carbone.

18 %

C’est la proportion des coupes rases de surface supérieure à 10 hectares par rapport à l’ensemble des coupes rases entre mi-2018 et mi-2024. Plus les coupes rases sont grandes, plus elles ont des impacts environnemen-taux négatifs.

1,37 %

C’est le taux de coupes rases en zone Natura 2000 cumulé entre mi-2018 et mi-2024. Un taux plus faible que la moyenne nationale (2,1 %) mais qui reste assez élevé pour ces territoires où les enjeux de biodiversité sont très forts.

40 %

C’est la proportion des surfaces en coupes rases localisées dans les forêts anciennes par rapport à l’ensemble des coupes rases entre mi-2018 et mi-2024. Ces coupes rases fragilisent les stocks de carbone élevés de ces forêts.

17 957 ha

C’est la surface de forêts en coupes rases en zone de forte pente (> 30 %) entre mi-2018 et mi-2024. Bien que le taux de coupes rases dans ces zones (0,39 %) soit très inférieur à la moyenne nationale (2,1%), les surfaces concernées restent non négligeables et posent des pro-blèmes particuliers en matière de lutte contre l’érosion des sols et de risque de glissements de terra

25 %

C’est la proportion des surfaces en coupes rases localisées dans les parcs naturels régionaux par rapport à l’ensemble des coupes rases entre mi-2018 et mi-2024. Le taux de coupes rases (2,1 %) est identique à la moyenne nationale ce qui indique l’absence de politiques forestières spécifiques à ces territoires pour encadrer les coupes rases.

Recommandations

➡️ Renforcer la transparence en mettant en place, idéalement à l’échelle européenne, un dispositif harmonisé de publication annuelle de données ouvertes sur les coupes rases basé sur les inventaires forestiers nationaux et le suivi satellitaire. Ces données doivent être suffisamment spécifiques pour permettre d’évaluer l’impact des coupes rases dans les zones à enjeux écologiques.

➡️ Développer la sylviculture mélangée à couvert continu comme alternative aux coupes rases, grâce à une fiscalité incitative et à un meilleur conditionnement de l’accès aux aides publiques.

➡️ Développer une approche de gestion par massifs forestiers pour éviter les effets cumulatifs des coupes rases. Au-delà de 1 hectare, les coupes rases devraient faire l’objet d’une évaluation et d’une autorisation spécifique (avec ou sans document de gestion).

➡️ En s’appuyant sur le plan sol et la directive européenne sur les sols, renforcer la préservation des sols forestiers en interdisant notamment les coupes rases suivies d’un travail du sol dans les forêts anciennes et les coupes rases sur les fortes pentes.

➡️ Dans le cadre de l’application du règlement européen déforestation, interdire les coupes rases transformant des forêts qui se régénèrent naturellement en forêts de plantation.

➡️ Dans le cadre de l’application du règlement sur la restauration de la nature, mieux encadrer les coupes rases en sites Natura 2000, en les limitant strictement à un objectif de restauration des écosystèmes (par exemple, coupe de peupliers pour restaurer une ripisylve).

➡️ Renforcer le rôle et le pouvoir réglementaire des parcs naturels régionaux en leur permettant d’animer une politique forestière territoriale et d’être associés à la validation des documents de gestion en rendant ces documents conformes à leurs avis.

[1] Landmann, G., Delay, M., Marquet, G. (coord.). (2023, mai). Expertise collective CRREF : Coupes Rases et REnouvellement des peuplements Forestiers en contexte de changement climatique, Rapport scientifique, GIP Ecofor, RMT Aforce, p. 55.