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Rapport | bois-énergie : l’équation impossible

Avec ce rapport, Canopée analyse les objectifs que se fixent les différentes filières et les met en perspective de ceux fixés par les politiques publiques.
Publié le Rédigé par Canopée

Avec ce rapport, Canopée analyse les objectifs que se fixent les différentes filières et les met en perspective de ceux fixés par les politiques publiques.

Ce rapport met en lumière le caractère irréaliste de certains scénarios énergétiques, du fait d’un recours au bois toujours plus important dans la production d’énergie. De la nécessité d’un arbitrage politique.

Sous la pression des premiers effets des changements climatiques, nos forêts souffrent et leur capacité d’absorption de carbone diminue. Plutôt que d’ajuster la récolte de bois à ces nouvelles conditions, la demande en bois énergie est en hausse – avec un risque d’accroître davantage la dégradation du puits de carbone forestier.
À l’horizon 2050, l’émergence de nouveaux usages, comme le biogaz ou les biocarburants à de base bois, pourrait venir s’additionner aux usages existants et entraîner une augmentation forte de la récolte de bois énergie.
Ce rapport met en lumière le caractère irréaliste de certains scénarios énergétiques – si aucun arbitrage politique n’est pris.

Sans arbitrages politiques rapides et clairs, le risque est de voir chaque filière retenir les hypothèses les plus avantageuses pour ses intérêts, d’accélérer la construction de nouvelles infrastructures et d’entraîner une hausse insoutenable de la demande.
Si la situation actuelle peut s’illustrer par une balance plus ou moins à l’équilibre entre les usages et la disponibilité en bois pour la filière bois-énergie, les nouveaux flux identifiés sur la biomasse primaire forestière et secondaire (prélèvements en forêt, hausse du bois recyclé/récupéré, hausse de la mortalité…) et le développement des nouveaux usages (pyrogazéification, biocarburant) sont autant de risques encourus sur le puits de carbone forestier.

Pour éviter cette situation, nous formulons les recommandations suivantes :

  • Le maintien, voir l’augmentation, du puits de carbone naturel des forêts doit être une condition centrale aux choix de politiques forestières et énergétiques ;
  • Un prélèvement supplémentaire en forêt pour fournir davantage de volume à la filière “bois énergie” n’est pas souhaitable mais des ajustements sont possibles pour mieux répartir les prélèvements actuels entre types de forêts, statuts de propriété et régions afin d’éviter que des forêts déjà fortement mobilisées continuent d’être décapitalisées ;
  • Le principe de hiérarchisation des usages doit également être plus structurant dans les politiques publiques. La priorité doit être donnée aux produits à longue durée de vie c’est-à-dire au bois d’œuvre puis au bois d’industrie pour la fabrication de panneaux ;
  • La biomasse ligneuse primaire doit être exclue des subventions publiques et de la liste des énergies renouvelables. Les crédits financiers alloués à la filière “bois énergie” devraient être reconsidérés et réorientés, au moins en partie, vers :
    • L’amélioration et l’adaptation des peuplements existants avec maintien, à chaque fois que cela est possible, des stocks de carbone et de l’ambiance forestière.
    • L’industrialisation – petites, moyennes et très petites entreprises de l’aval pour valoriser les usages longs du bois, avec une concentration des efforts sur la première transformation de feuillus qui est aujourd’hui le maillon faible de la filière.
  • Les besoins d’arbitrage justes et nécessaires entre les différents usages du bois énergie (combustion, gazéification, biocarburants) doivent être clairement établis et pris en compte dans les dispositifs d’aide aux différents usages, afin d’éviter un risque de concurrence des filières entre elles ;
  • Tout volume additionnel fléché vers la filière “bois énergie” ne devrait être validé qu’à partir du moment où une baisse effective des usages historiques de combustion est constatée et pérennisée, que ce soit par substitution d’énergie (électrification du chauffage) ou une meilleure efficacité des appareils (remplacement des foyers ouverts) et la rénovation énergétique des logements.
  • Une distinction entre les gisements structurels et conjoncturels (crise sanitaire) est à intégrer avant décision : une infrastructure avec une durée de vie de plusieurs dizaines d’années ne devrait pas pouvoir être autorisée si son plan d’approvisionnement est basé sur un gisement conjoncturel.
  • Les données utilisées dans les différents scénarios prospectifs par les pouvoirs publics doivent être accessibles de façon plus transparente et avec des unités harmonisées ce qui permettrait d’éclairer le débat.
  • L’usage de la biomasse forestière pour la production de biocarburants n’est en aucun cas acceptable sans que ne soit remis en cause la croissance du transport aérien et maritime.
  • Les pertes d’exploitations ainsi que les souches qui restent actuellement en forêt ont une valeur écologique et doivent rester en forêt (gage de la productivité future). Par ailleurs, les grandes coupes rases doivent être mieux encadrées et limitées au seuls cas de crise sanitaire.