Quels sont les chiffres de la déforestation en 2026 ?
Quels sont les chiffres de la déforestation en 2026 ?
Grâce à une amélioration de la collecte et l'analyse de données sur la déforestation, il est maintenant possible de suivre précisément son évolution.
Que ce soit pour la biodiversité qu’elles abritent, le climat ou le cycle de l’eau, les forêts sont vitales. Pourtant, elles sont aujourd’hui en crise, dévastées par les incendies, dégradées par l’exploitation de bois, et détruites pour l’agriculture.
Grâce à une amélioration de la collecte et l’analyse de données sur la déforestation, il est maintenant possible de suivre précisément son évolution. Elle est très variable en fonction des régions, et des méthodes d’évaluation.
Des données divergentes
Bien que nous disposions de plus de données sur les forêts que jamais auparavant, il n’y a toujours pas de définition et de méthode d’évaluation qui fassent l’unanimité. En fonction des sources et des définitions, les chiffres et tendances qui en découlent diffèrent. Ces différences ne se limitent pas à des enjeux académiques. Elles ont des conséquences sur les politiques de lutte contre la déforestation, que ce soit à l’échelle des règlementations internationales, des politiques nationales, ou des engagements d’entreprises.
Tous les cinq ans, l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO) publie une évaluation des ressources forestières. D’après la dernière (de 2025), le rythme de la déforestation diminue : sur la période 2015-2025, la déforestation a atteint 10 millions d’hectares par an. C’est 3 millions d’hectares de moins que sur la période 2000-2015. L’expansion de l’agriculture est responsable de 90% de la déforestation dans le monde, et près de 90% de la déforestation se situe en zone tropicale. L’Afrique et l’Amérique du Sud sont les plus affectées. En Afrique, le taux annuel de déforestation en 2015-2025 s’élève à 3,4 millions d’hectares, et en Amérique du Sud à 4,2 millions.
Mais d’après le Global Forest Watch, les chiffres sont différents: la perte de couvert forestier aurait augmenté récemment, et non diminué (13 Millions d’hectares en 2001 et 25 Millions d’hectares en 2025). Les tropiques auraient perdu 11 millions d’hectares de couvert forestier en 2025. Particulièrement inquiétant, 4,2 millions d’hectares déforestés se trouvent dans les forêts primaires.

Alors, comment expliquer cette différence ? Le Global Forest Watch (GFW) et la FAO parlent tous les deux de forêts, mais ce qu’ils mesurent est différent. L’évaluation des ressources forestières est basée sur des évaluations antérieures, et indique si la superficie forestière augmente ou diminue. Ces mesures de superficie sont basées sur la définition de déforestation de la FAO qui inclut des critères d’usage des terres. Cela signifie que des terres temporairement dépourvues d’arbres -par exemple suite à une coupe rase- restent comptabilisées comme des forêts. Le GFW, lui, surveille l’évolution en temps réel, à l’aide de satellites qui ne peuvent évaluer l’utilisation prévue des terres. Ainsi, il mesure une perte effective de couvert forestier, peu importe si les terres où étaient la forêt changent d’usage ou non.
Comment est-elle définie ?
La source de données la plus généralement utilisée et réputée la plus complète est celle de FAO. Mais celle-ci pose différents problèmes.
→ La définition
Pour la FAO, la forêt est un couvert arboré recouvrant au moins 10% d’une surface d’un demi hectare, avec des arbres atteignant une hauteur supérieure à 5 mètres. Elle réduit donc la forêt à un simple groupe d’arbres. Cela revient à considérer les plantations comme des forêts. L’abattage d’une forêt pour mettre en place une plantation n’est donc pas comptabilisé comme de la déforestation. Pourtant, elles n’apportent pas les services écosystémiques garantis par les forêts et peuvent parfois même menacer la vie des communautés rurales. Cette définition, puisqu’elle est largement utilisée par les gouvernements et les entreprises, a des conséquences dans importantes sur la lutte contre la déforestation et les politiques d’afforestation.
Cette définition implique aussi qu’une forêt gérée en agroforesterie, puisqu’elle a un usage agricole, n’est pas prise en compte. Elle peut pourtant fournir bien d’avantages de services écosystémiques qu’une plantation. C’est le cas par exemple des forêts à Damar de Sumatra. Leur structure ressemble en tout point à la structure des forêts naturelles (très grand arbres, forte biodiversité, sous-bois sombre, …), et elles permettent de combiner production agricole et forestière avec protection de la biodiversité.
Pas de prise en compte des autres écosystèmes
Autre problème, cette définition, en se basant sur un seuil forestier de 10%, exclut des zones moins boisées mais tout aussi importantes. Seulement ce seuil est arbitraire et ne considère pas d’autres formations au couvert forestier plus faible. C’est par exemple le cas savanes arborées. Avec un couvert forestier entre 5 et 10%, ces dernières ne sont pas comptabilisées dans la définition de la FAO. Pourtant, elles apportent de nombreux services écosystémiques : stockage de carbone, filtration de l’eau, maintien de la biodiversité, et sont elles aussi menacées. Par exemple, au Brésil, la culture de soja ne se fait pas au détriment de l’Amazonie, mais de la savane du Cerrado. On retrouve cette lacune dans le nouveau règlement européen contre la déforestation : c’est le seuil de 10% qui a été retenu. Il ne prend donc en compte qu’une définition restrictive des forêts, et ne permet pas de garantir la protection d’écosystèmes légèrement moins boisés.
Intégrer la notion de dégradation
Un autre élément non pris en compte dans cette définition est la question de la dégradation. Plus difficile à définir, elle est liée à la perte de biens et services écosystémiques.
Globalement, seuls 40% des forêts ont un haut niveau d’intégrité, principalement au Canada, en Russie, en Amazonie, en Afrique Centrale et en Nouvelle Guinée. Une des principales causes de la dégradation des forêts est l’exploitation forestière. Elle entraine la construction de routes dans les forêts, extrait les arbres ayant le plus de valeur, et ainsi fragilise la forêt.
C’est aussi souvent le premier par vers la disparition de la forêt. Une fois les arbres récoltés et la concession abandonnée, la forêt étant accessible et à proximité des nouveaux villages, elle coure un risque accru d’être convertie en terres agricoles. Cette notion n’est pas prise en compte dans les chiffres de la déforestation mais est aussi clé pour comprendre l’état des forêts.
Différence entre brute et nette
Les chiffres retenus par la FAO ne sont pas toujours ceux de la déforestation brute, correspondant à la disparition de forêts. C’est parfois la déforestation nette, c’est à dire la différence entre la perte de forêt et le gain en plantations et forêts qui se régénèrent naturellement, qui est retenue. Or des plantations, généralement mono spécifiques, ne sont en aucun point comparables à des forêts. Le cas de l’Inde est un bon exemple : selon les données présentées par le FSI (Forest Survey of India) dans son rapport sur l’état des forêts, le pays aurait gagné en surface forestière (+ 226 000 ha entre 2019 et 2021). Pourtant, plusieurs études montrent que l’Inde subit une déforestation et dégradation de ses forêts (- 426 000 ha sur la même période). Depuis le début des années 1990, les plantations d’arbres se sont développées massivement dans le pays. En ne distinguant pas les forêts naturelles des plantations, elle permet de masquer cette réalité.
Dans une plantation, les arbres sont plantés en ligne, ont le même âge, et la biodiversité y est minimale. Même chose en termes de carbone: une plantation d’arbres nouvellement plantée mettra plusieurs dizaines, voire centaines, d’années à stocker une quantité de CO2 équivalente à celle d’une forêt naturelle.
Alors que les forêts jouent un rôle primordial pour le cycle de l’eau et la préservation de sa qualité, les plantations peuvent elles avoir un impact négatif sur la ressource en eau. L’eucalyptus par exemple, planté massivement au Brésil, est surnommé l’arbre de la soif. Sa culture assèche les terres et pollue l’eau autour des plantations à cause de l’utilisation de pesticides.
Cette confusion ne permet donc pas d’appréhender la réalité de l’ampleur de la déforestation. La Stratégie Nationale de lutte contre la Déforestation Importée française, qui a pour but de mettre fin à la déforestation liée aux importations françaises, retient bien la notion brute, ainsi que la nouvelle loi européenne contre la déforestation. Mais ce n’est pas toujours le cas. Le Consumer Goods Forum, une organisation qui regroupe 400 entreprises, a pris un engagement de zéro déforestation nette. La dernière Déclaration de Glasgow sur les Forêts qui vise à mettre fin à la déforestation dans le monde, ne précise, elle, pas s’il s’agit de chiffres nets ou bruts.
Aller au-delà de l’illégalité
La notion de légalité n’est pas un bon indicateur : la déforestation peut être tout à fait légale. En effet, le cadre légal ne permet pas toujours une réelle protection : au Brésil par exemple, les propriétaires de terres forestières sont autorisés à convertir 20% de la surface de leurs terres en Amazonie, et jusqu’à 80% dans la savane du Cerrado. Autre exemple, l’exploitation forestière commerciale à grande échelle réalisée en République Démocratique du Congo, bien que légale, est un facteur majeur de la dégradation des forêts et à terme de déforestation dans le pays.
Une déforestation délocalisée
En important une quantité importante de ses commodités agricoles (20% dans le cas de la France), l’Europe délocalise sa déforestation. La consommation de l’UE est en effet responsable d’environ 10% de la déforestation mondiale.
L’exemple de la Chine est aussi frappant : ces dernières années, le pays a mis en place des mesures de protection de ses forêts. Mais elle importe maintenant à la place son bois d’autres pays et a lancé de vastes programmes de plantations. Le pays est ainsi devenu le premier importateur de bois au monde et le premier planteur mondial : sa surface forestière s’étend de près de 2 millions d’hectares par an.
Comment est-elle mesurée ?
Les données de la FAO, pour la plupart des pays tropicaux, sont fournies par les pays eux-mêmes. Elles sont en général basées sur des inventaires forestiers périodiques, des enquêtes sur l’usage des sols, et des cartographies des zones forestières. Elles proviennent plus rarement de l’interprétation des données satellitaires sur plusieurs années par manque de capacités et moyens. Certains pays mettent à jour leurs inventaires régulièrement mais d’autres pas, ce qui peut créer des disparités.
Depuis les années 1970, la série de satellites de la NASA, “Landsat” fournit des images de haute résolution permettant de mesurer la déforestation. Grâce à ces données, les méthodes de détection de l’évolution des forêts se sont rapidement développées. Maintenant, avec un large choix de satellites disponibles et des données gratuitement accessibles, surveiller la déforestation n’est plus un problème technique. Les systèmes actuels reposent principalement sur des images à 10-30 mètres de résolution.
Global Forest Watch se base sur des données satellites indépendantes à l’échelle mondiale. Depuis 2020, ils sont en mesure de se baser sur des images à 5 mètres de résolution.
Où est-elle située ?
Près de 90% de la déforestation sur la période 2020-2025 se situe dans les forêts tropicales. Le taux annuel de déforestation le plus élevé en 2015-2025 se situe en Amérique du Sud avec avec 4,1 millions d’hectares perdus. Tous les pays d’Amérique du Sud ont fait état d’un recul de la surface de leurs forêts. L’Afrique se place en deuxième position (3,4 millions d’hectares), avant l’Asie (2 millions d’hectares). En Amérique latine et Asie du Sud-Est, la déforestation est principalement liée à l’agriculture industrielle, alors qu’en Afrique elle s’explique en grande partie par l’agriculture vivrière.
Bien que des données partielles existent sur la situation des forêts en 2026, les dernières analyses globales disponibles, fournies par Global Forest Watch, datent de 2025. Bien que leurs données sur la perte de couvert forestier aient une couverture globale, ils concentrent leur analyse sur les forêts tropicales, et les forêts primaires. Les principaux pays affectés par la perte de forêts primaires en 2025 sont: le Brésil (1,6 Mha), la Bolivie (620 000 ha), République Démocratique du Congo (560 000 ha), et l’Indonésie (300 000 ha). Dans les forêts tempérées et boréales les pays les plus touchés sont la Russie, le Canada et les Etats-Unis.
Quelles sont les tendances ?
La déforestation des forêts tropicales humides a ralenti en 2025, après des pertes record en 2024. De nouvelles données du laboratoire GLAD de l’Université du Maryland, disponibles sur Global Forest Watch montrent une baisse de 36% par rapport à l’année dernière. Bien que ces chiffres soient encourageants, il faut prendre en compte que l’année 2024 était exceptionnelle, et cette tendance ne s’inscrit pas dans une baisse de long terme. Cette déforestation menace des écosystèmes essentiels à la biodiversité, à l’approvisionnement en eau, etc.
L’essentiel de la réduction en 2025 est due à une forte baisse au Brésil, qui a enregistré une réduction de 43% de la perte de forêts primaires par rapport à l’année dernière. Plusieurs autres pays ont connu cette tendance: Colombie, Indonésie, Malaisie. Mais la perte de forêts primaires reste particulièrement importante en Bolivie et République Démocratique du Congo.
Au Brésil, les taux de déforestation sont particulièrement élevés depuis 9 ans, et le pays est en tête de la liste en ce qui concerne la perte de forêts primaires. En 2025, 2,9 millions d’hectares ont été déforestés, dont 1,6 millions de forêts primaires. Cela représente 37% de la perte de forêts primaires dans le monde pour cette année. Mais ces taux ont diminué ces dernières années. La perte de forêt primaire a baissé de 41% entre 2024 et 2025. C’est le taux le plus bas 2015. Ce recul, observé depuis plusieurs années, est lié à la transition de la présidence de Jair Bolsonaro à celle de Lula Da Silva. Depuis sa réélection, il a mis en place de nombreuses afin de lutter contre la déforestation, comme l’homologation de six nouvelles réserves autochtones, la saisie des surfaces exploitées illégalement, l’embauche de milliers d’analystes afin de renforcer la surveillance, la création d’une commission interministérielle contre la déforestation, l’interdiction de l’exploitation minière dans les zones protégées, ou la réactivation du Fonds pour l’Amazonie. Le Brésil a également joué un rôle important dans l’élaboration du « Tropical Forest Forever Facility » lors de la COP30.
D’après les chiffres de Global Forest Watch, c’est le biome amazonien qui a connu la baisse la plus spectaculaire du taux de perte de forêt primaire: -41% entre 2024 et 2025. La plupart des écosystèmes du Brésil ont pas connu la même tendance.
Cependant, les forêts brésiliennes restent menacées. Par exemple, les Etats du Rondonia, Maranhao, et Mato Grosso ont récemment adopté des lois limitant les incitations fiscales et autres autres avantages à destination des entreprises engagées contre la déforestation liée au soja.
La perte des forêts du Brésil pourrait avoir des conséquences irréversibles. Cela n’entraînerait pas seulement une perte de biodiversité et des émissions de carbone importantes. A un certain niveau de détérioration, le fonctionnement entier de l’Amazonie pourrait être compromis. En effet, ses arbres ré-évaporent constamment l’eau du sol. Cette humidité ainsi créée contribue à la formation de nuages de pluie qui ensuite ré-alimentent la forêt. La destruction de larges territoires peut casser ce cycle et briser la circulation de cette eau. La forêt, de plus en plus sèche, ne produirait alors plus assez d’humidité et finirait par se transformer en savane. Et ces effets se font déjà sentir: l’Amazonie a connu en 2023 la pire sécheresse jamais enregistrée.

En Indonésie, la perte de forêts primaires a augmenté de 14% entre 2024 et 2025, mais les taux restent bien plus faibles qu’il y a quelques années. Entre 2016 et 2025, celle-ci est passée de 930 000 à 300 000 hectares. Cette tendance s’explique par les efforts du gouvernement indonésien et des entreprises. Depuis 2015, le Ministère de l’environnement et des forêts a intensifié ses efforts de surveillance et de prévention. Le gouvernement a de plus mis en place un moratoire permanent sur la conversion des forêts primaires et des tourbières. 80% des secteurs de l’industrie de l’huile de palme et de la pâte et papier du pays se sont aussi engagés dans une démarche zéro déforestation et exploitation des tourbières. La récente tendance à la hausse s’explique en raison de l’expansion agricole, y compris le défrichement lié au programme food estate. Cette politique s’inscrit dans le cadre d’un effort vers la souveraineté alimentaire, mais menace des millions d’hectares de forêts et tourbière, et a déjà prouvé son inefficacité dans le passé. L’expansion minière a aussi alimenté la perte de forêts.
En Bolivie, la perte de forêts primaire a atteint son plus deuxième niveau le plus élevé jamais enregistré avec 620 000 hectares de forêts primaires déforestés. Les incendies, vraisemblablement allumés par l’Homme pour défricher des terres et les convertir en terres agricoles, expliquent cette augmentation. La perte de forêts primaires non liée aux incendies s’explique principalement par l’expansion du soja – celle-ci a entraîné près d’un million d’hectares de déforestation depuis le début du siècle– et à l’élevage bovin. Pourtant, le gouvernement continue d’encourager massivement la production et l’exportation de ces produits.
Dans le bassin du Congo, ce sont l’agriculture itinérante, les demandes énergétiques (charbon de bois) et l’exploitation forestière les premiers facteurs de destruction et dégradation des forêts. La République Démocratique du Congo (RDC), qui détient la deuxième plus grande forêt primaire au monde, a perdu plus d’un demi million d’ hectares de forêts primaires en 2025. Or les vastes étendues forestières de la RDC sont un puits de carbone extrêmement important. Le pays abrite plus de 15 millions d’hectares de tourbières, un des écosystèmes les plus dense en carbone. En RDC orientale, les conflits en cours ont causé le déplacement d’environ 6,1 millions de personnes, qui survivent en défrichant la forêt pour subvenir à leurs besoins. L’exploitation minière peut également entrainer de la déforestation.
En Colombie, la perte de forêts primaires en Colombie a diminué de 17% entre 2024 et 2025. Il s’agit de la deuxième année qu’un chiffre aussi bas est observé depuis 2015. Ce déclin est lié aux politiques publiques mises en oeuvre dans le pays.
En dehors des tropiques, les forêts boréales ont connu le plus fort taux de perte de couvert forestier. Des feux ont notamment ravagé les forêts boréales du nord au Canada – 5,3 millions d’hectares-, en Alaska et dans les montagnes Rocheuses. Comme dans de nombreuses régions du monde, ces pays a connu une sécheresse, qui a mené à des méga feux de forêts. Même si les incendies peuvent faire naturellement partie de l’écosystème des forêts, une telle intensité et fréquence peuvent avoir des impacts permanents.